La photographie est-elle un art ?

Bonjour à tous !

Aujourd’hui, je vais aborder la photographie sous l’angle de l’art.

Vous savez tous que le cinéma est considéré comme le 7ème art. Mais savez-vous que la photographie est considérée par certains comme le 8ème art ? Et pourtant, la photographie est apparue bien avant le cinéma. Elle a été inventé par Nicéphore Niépce entre 1822 et 1827. En fait, il serait plus juste de dire que Nicéphore a découvert le procédé qui permet de fixer l’image obtenue dans la chambre noire. Il nomma cette invention l’héliographie signifiant littéralement « écriture du soleil ». En effet, la chambre noire (du latin camera obscura) était déjà connue par Aristote au IV ème siècle avant Jésus Christ. Toute la difficulté résidait dans la capacité à fixer l’image sur un support de façon à pouvoir la conserver dans le temps. Et Nicéphore l’a fait. Des techniques de fixation de l’image existaient déjà tel que des photogrammes obtenus sur du papier ou du cuir enduit de sels d’argent mais les images s’estompaient avec le temps. Nicéphore, par intérêt pour la lithographie, réalisa ses première expériences avec la chambre noire vers 1816. Il abandonna très vite le chlorure d’argent au profit du bitume de Judée qu’il appliquait sur des plaques d’étain. Son premier succès date de 1826-1827 avec son point de vue de la propriété du Gras prise de la fenêtre de sa maison de Saint-Loup-de-Varennes près de Chalon-sur-Saône. En effet, après la prise qui dure plusieurs heures, le nettoyage au pétrole fait apparaître le métal, derrière les parties non-exposées, ce qui permet la représentation des ombres.

Joseph Nicéphore Niépce mourut en 1833 alors que son procédé d’héliographie était resté inconnu du public.

En 1963, l’université du Texas à Austin achète cette photographie à Helmut Gernsheim, historien de l’art spécialisé en photographie et collectionneur. Elle y est actuellement exposée, présentée dans un conteneur sous hélium, un gaz qui la protège de la corrosion et du noircissement.

Alors pourquoi la photographie est considérée par certains comme le 8ème art ? Pour d’autres sources, elle semble faire partie du 3ème art. Je ne vais pas abordé l’histoire de cette classification héritée d’Hegel au XIXème siècle et d’Étienne Souriau au XXème siècle et qui semble avoir provoqué pas mal de querelles. Ce que je retiens c’est principalement cette impression vague que la photographie est un art mineur ou moyen contrairement au cinéma alors qu’il en découle. Le cinéma n’est-il pas de la photographie en mouvement ?

Après différentes recherches, il apparait que la classification des arts peut varier d’une culture à l’autre même si la grande majorité s’accorde à penser que le 7ème art fait référence au cinéma. L’industrie cinématographique captive un large public comparée à la photographie. Le cinéma peut susciter des émotions et transmettre des idées bien sûr et c’est ce qui fait sa force mais selon moi, il séduit actuellement un grand nombre de personnes par son pouvoir sensationnel issu des nouvelles technologies bouleversant l’histoire des effets spéciaux. Et son chiffre d’affaire est devenu colossal. Il contribue forcément à jouer un rôle dans la hiérarchie des arts.

D’ailleurs, en jetant un oeil sur l’organigramme de la Direction Régionale des Affaires Culturelles du Grand Est, je ne vois aucune mention de la photographie alors que le cinéma, la musique ou encore l’architecture sautent aux yeux. Rassurez-vous, la photographie y ait tout de même représentée. Néanmoins, il est tout de même intéressant de noter que la DRAC Grand Est n’a pas pensé à la faire apparaitre dans son organigramme.

Alors pourquoi la photographie peine autant à s’ériger au même rang que le cinéma ou même l’architecture ? Pour cela, il faut peut-être revenir en arrière jusqu’à sa genèse.

Au début, lorsque la photographie a été inventée, elle n’était vraiment pas considérée comme un art. Elle était avant tout considérée comme une technique de reproduction du réel comme l’est aujourd’hui la photocopie. Jamais personne ne pourrait se targuer d’avoir créé quelque chose en présentant une photocopie.

Jusqu’au début du XXème siècle, la photographie était vraiment perçue comme un simple moyen de reproduire le réel.

Il a fallu de grands courants photographiques comme le pictorialisme qui est né en Angleterre fin du XIXème début du XXème siècle et le combat de beaucoup d’artistes comme Alfred Stieglitz (1864-1946) pour essayer de faire évoluer les représentations concernant la photographie.

Le pictorialisme fonde la toute première école de photographie artistique et c’est également le premier mouvement dont la dimension devient internationale. Ce mouvement dont a fait parti Alfred Stieglitz veut libérer la photographie de l’emprise du documentaire et de la technique pour en faire un moyen d’expression artistique à part entière. Ce mouvement va même tenter de faire admettre la photographie parmi les Beaux-Arts. Le mouvement se positionne également contre le slogan du premier appareil Kodak lancé en 1888 par Georges Eastman (fondateur de la société Kodak) qui était « Appuyez sur le déclencheur, on s’occupe du reste ». En effet, les pictorialistes souhaitent dépasser la simple imitation mécanique et stricte de la nature.

Au tout début de la photographie, beaucoup d’artistes peintres et poètes étaient hostiles envers cette invention qui risquait pensaient-ils de faire de l’ombre à la peinture. D’ailleurs, Baudelaire n’est pas à une contradiction près puisqu’il existe une quinzaine de portraits de lui tous très réussis alors qu’il accuse la photographie d’être un nouveau « veau d’or » exposé à une foule idolâtre. Dans le Salon de 1859, Charles Baudelaire proclame que la nouvelle religion du réalisme photographique relève à ses yeux de l’idolâtrie, car elle privilégie l’imitation au lieu de faire appel à l’imagination. Pour lui, c’est donc une invention diabolique.

6 ans plus tard, Baudelaire écrit pourtant à sa mère qu’il aimerait bien avoir une photo d’elle.

L’histoire de la photographie regorge de détracteurs comme de défenseurs. Et même si la photographie a bien évolué depuis ses origines fort heureusement, il n’en demeure pas moins qu’il existe encore aujourd’hui des théoriciens de l’art qui estiment qu’elle n’est pas vraiment de l’art.

Alors, évidemment, la photographie n’est pas forcément toujours de l’art dès lors qu’il n’y a aucune intention artistique. Mais d’abord, qu’est-ce que l’art ?

L’art est généralement défini comme une expression créative qui reflète la vision, les émotions et les idées d’un artiste. Il peut prendre diverse formes, telles que la peinture, la sculpture, la musique, la danse, le cinéma et encore bien d’autres moyens d’expression. À ma connaissance, il n’existe pas de définition universelle de l’art car la perception de l’art peut différer d’une personne à l’autre et peut varier d’une époque à l’autre. La photographie en est la preuve.

Mais pourquoi il est important qu’une discipline artistique soit reconnu comme telle ?

Parce que si elle est reconnue officiellement, elle prend une valeur sur le marché de l’art. Sans cela, elle aurait la même valeur qu’une simple reproduction.

Par conséquent, le fait de donner le statut d’art à une pratique artistique va justement donner du sens à tout le travail des artistes.

Alors même si le fait de tout catégoriser est une forme d’obsession du genre humain. Il faut dire que cette classification est néanmoins utile pour l’artiste ou l’artisan photographe car elle lui permet de valoriser son travail et d’être protéger, en tout cas en France, par la propriété intellectuelle.

Rappelons qu’Eugène Atget, considéré comme un grand photographe français de la fin du XIXème et du début du XXème siècle refusait qu’on l’associe à un quelconque mouvement artistique pensant que sa pratique était avant tout commerciale et documentaire. D’ailleurs, lorsque Man Ray demande à Eugène Atget en 1926 d’utiliser une de ses photographies intitulée « L’Éclipse, place de la Bastille » (1912) pour la couverture de la célèbre revue « La Révolution surréaliste », Atget accepte à condition que son nom n’y soit pas mentionné.

Pour conclure, certains spécialistes des arts ont donc décidé de classer la photographie en huitième position après le cinéma. Mais savez-vous avec quelles disciplines artistiques ils ont décidé de faire côtoyer la photographie ? Le huitième art comprend la photographie comme je l’évoquais mais aussi la télévision et la radio.

Le 9ème art concerne la bande dessinée. Et le 10ème, les jeux vidéo. Et peut-être qu’un jour, l’intelligence artificielle figurera au rang du 11ème art qui sait.

Finalement, l’important n’est pas d’être rangé dans une case qui nous dit ce que nous sommes ou ne sommes pas mais plutôt d’exprimer ce qui doit impérieusement sortir de nous-mêmes comme la fleur sort de terre. Que lui importe d’être nommée fleur ou plante. L’important, c’est qu’elle suive sa propre nature.

Merci de m’avoir lu ou écouté et n’hésitez surtout pas à me laisser un petit commentaire en bas de cet article.

À bientôt !

La photo qui accompagne le titre de cet article est de Joakim Möller, d’origine suédoise, il est très créatif et propose une photographie atypique souvent présentée en diptyque ou triptyque avec une narration visuelle onirique et poétique très particulière. Je vous invite à découvrir son travail sur son compte Instagram.

Fabrice
Fabrice

Passionné de photographie, mon sujet de prédilection est l'humain bien que j'aime également photographier la nature. Disons que j'aspire à photographier la nature humaine. J'arpente régulièrement la ville comme une scène de théâtre où se joue notre propre comédie sociale. Je photographie sans préjugé des scènes de la vie quotidienne pour en faire des messages humanistes avec un regard poétique.

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Michel Bonan
Michel Bonan
1 mois il y a

La photographie est reconnue sur le marché de l’art .
Dans des grandes ventes , certaines photos atteignent des prix astronomiques !
c’est la preuve qu’on veut bien lui attribuer la même valeur artistique que la peinture contemporaine .
Le reproche qu’on lui a fait est d’être reproductible à l’infini.
ce qui voudrait dire qu’ né faudrait ne faire qu’un tirage et jeter le négatif ?
Le Polaroïd serait donc le seul procédé moderne dans ce cas ?

Bernard J.
Bernard J.
1 mois il y a

La réticence à considérer la photographie comme un art, ou du moins certaines formes de photographie, est sans doute liée à la facilité du procédé, puisqu’il s’agit juste d’appuyer sur un bouton.
Par ailleurs, avec l’action painting dont Jackson Pollock fut l’un des chefs de file, la rapidité d’exécution, opposée à l’aspect laborieux de la peinture classique, n’est plus un critère.
J’estime surtout que l’art n’est pas forcément lié à l’œuvre. L’art est dans le regard que l’on porte sur le monde. Dans ce cas, tout est art, comme le défendaient les praticiens du Ready Made et aussi le mouvement situationniste qui invitait à considérer la ville comme un lieu propice à la prise de conscience artistique.

Bernard J.
Bernard J.
1 mois il y a

En ce qui concerne le « marché de l’art », j’ai tendance à penser que ce terme est un oxymore : cherchez l’intrus.

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